© 2013 HAGAKURE KC. All rights reserved.

Premiers pas...

L’histoire du karaté est riche et ses racines sont multiples. Elles prennent naissance en Inde, puis en Chine, se rejoignent à Okinawa avant de se développer au pays du Soleil Levant et d’éclorent sous une forme arborescente pour devenir l’art martial que nous pratiquons aujourd’hui.

 

Car si notre société moderne tend à en faire une discipline sportive, dénaturant parfois sa propre essence, le karaté reste bien un art martial.

 

Art parce que ses origines sont profondes et témoignent du passage de l’Homme dans l’Histoire. L’étude du Karate est très codifiée et baigne dans la spiritualité, l’éthique et la philosophie.

 

Martial parce que sa nature-même nous renvoie à une époque où la pratique et l’entrainement étaient question de survie. Il ne faut pas s’en cacher, et le comprendre permet de mieux l’appréhender : à l’origine, le karaté enseigne à vaincre à tous prix. Sa réalité se situait sur les champs de bataille et son but était de transformer le corps en arme létale. Il implique donc fondamentalement la notion de combat, et donc de violence.

 

Bien évidemment, de telles préoccupations n’ont plus leur place dans notre société contemporaine. A l’instar d’autres budo (arts martiaux japonais), l’avènement de l’ère moderne eu un impact prépondérant sur le karaté. Les techniques guerrières du passé (jutsu) devinrent des « voies » (do) au caractère plus spirituel. Les mouvements ancestraux, jadis pensés pour résister à l’oppresseur, servent désormais à forger le corps et l’esprit. L’art martial est utilisé comme un formidable outil pédagogique, éducatif et se fond dans l’univers sportif.

 

Cependant, le Karate est, et a toujours été, un art d’auto-défense. Terriblement efficace, car né dans un contexte qui n’offrait pas de seconde chance. Au fil du temps, les fondements restent inchangés. Les mêmes valeurs sont respectées, les mêmes gestes sont répétés inlassablement. Chaque souffle, chaque kiai poussé par le karatéka le renvoie vers les racines de son art. L’adversaire ne se trouve plus sur le champ de bataille, mais bien au fond de chacun d’entre nous. Et inéluctablement, à force de persévérance, de travail, de respect, la même voie se dessine, immuable et infinie.

La voie de la Main vide.

 

 

 

 

 

 

A l'origine, les arts martiaux chinois.

La Voie de la Main Vide

 

 

Le début du XXème siècle marque un tournant dans l'histoire de ce qui était encore appelé Okinawa-te. Les temps de guerre s'éloignaient, les mentalités changeaient et une autre vision se développait, contemporaine et pacifique. Passant de l'ombre à la lumière, et fort de sa réputation, la discipline fut incorporée dans les programmes d'éducation physique scolaires de l'île. Les techniques trop violentes mises de côté, on s'en servait dès lors comme d'un outil éducatif, forgeant le corps et l'esprit.

 

Et bientôt, la réputation de l'Okinawe-te d'outre-passer les frontières insulaires. Les maîtres de l'époque devinrent les fers de lance de leur école respective à travers le Japon. L'un d'entre eux, Funakoshi Gishin présenta en 1922 son art devant le ministère de l'éducation japonaise. La démonstration, la première dans l'histoire du karaté, eu un succès retentissant. Jigoro Kano, fondateur du Judo, invita alors Funakoshi Sensei au sein du Kodokan, maison-mère du Judo, pour y démontrer une nouvelle fois son art. Devant l'engouement publique, le maître fut encouragé à s'installer au Japon afin d'y promouvoir l'Okinawa-te. Dans un contexte politique nationaliste et délétère entre la Chine et le Japon,  il coupa  le lien avec les origines de son art, utilisa les idéogrammes kara ("vide") et te ("main") pour le rebaptiser et y ajouta le suffixe do afin d'insister, à l'instar des autres Budo de l'époque, sur son caractère spirituel. Funakoshi Gishin devint ainsi, aux yeux des japonais, le fondateur du Karate moderne.

 

Si certains Maîtres préfèraient demeurer à Okinawa, développant une forme de Karate plus traditionnelle, d'autres, attirés par l'engouement outre-mer, se rendirent à leur tour au Japon pour y enseigner. Le terme "karaté" devint plus générique, et de nombreux styles se singularisèrent. Les élèves de Funakoshi Sensei baptisèrent le leur shotokan, combinaison entre le nom d'artiste du maître avec lequel il signait ses poèmes, shoto, et le terme utilisé pour désigner la salle d'entrainement, kan.

 

Sous l'impulsion de ses maîtres et influencé par une vision du karaté moderne, le shotokan se développa et adopta le style qu'on lui connait aujourd'hui, caractérisé par des techniques basses et longues et cherchant l'efficacité ultime (ippon) à moyenne et longue distance.

 

C'est ce shotokan que promut la Japan Karate Association à travers le monde en envoyant des émissaires, garants du style et des valeurs de l'Ecole, dans de nombreux pays dès 1960. Et aiguisant ainsi l'interêt des étrangers pour la Voie de la Main Vide. (cf. "J.K.A.")

 

 

 

 

 

 

Championnat de Karate

Tokyo 1965

La Main Vide

   To-De et Okinawa-te

 

 

Okinawa, archipel du sud du Japon et véritable plaque tournante pour les échanges commerciaux à l’époque, est donc considérée comme le berceau du karaté tel qu’on le connait aujourd’hui.

 

 On y pratiquait dès le XVIIIème siècle la technique du To-De (litt. « Main chinoise »), inspirée par les techniques de combat chinoises amenées par les marchands et mêlées à des formes de combat indigènes.

 

 Avant cela, peu d'écrits permettent de retracer avec exactitude l’évolution de ces techniques de combat. On sait cependant qu’à partir du XVIIème siècle, l’occupation d’Okinawa, alors royaume indépendant, par les samourais japonais souleva de violentes protestations. Les insulaires, dont les armes avaient été retirées pour endiguer toute révolte populaire, n’eurent d’autre choix que de développer et perfectionner ces techniques de combat venues de Chine, dans le plus grand secret. 

Courant du XIXème, le terme To-De fut remplacé par celui d'Okinawa-te (litt. "Main d'Okinawa"), mettant ainsi en exergue l'origine de cette synthèse de techniques de combat, en réaction à l'hégémonie japonaise. Réputée d'une efficacité meurtrière, même face à un ennemi armé, elle s'enseignait toujours dans l'ombre et s'organisait alors en trois courants distincts développés dans trois localités okinawaiennes: Shuri (Shuri-te), Naha (Naha-te), Tomari (Tomari-te).

 

C'est également à cette époque qu'apparait le bubishi, manuscrit d'origine chinoise répertoriant les principales techniques de combat alors connues. Le bubishi eu un impact prépondérant sur le développement du karate et constitue pour beaucoup de lien concret entre la boxe chinoise et l'Okinawa-te.

 

 

 

 

Funakoshi Gishin s'entrainant au makiwara.

Passé et futur...

 

 

Les premiers Championnats de karaté du Japon ont lieu en 1958, soit un an après le décès de Funakoshi sensei. Ceux-ci confirmèrent la fusion entre l'art martial et l'univers du sport que Gishin Funakoshi, à l'instar d'autres instructeurs, s'était toujours évertué à rejeter.

 

Cette rencontre entre l'obscurité des dojo et les lumières de l'entertainment ne s'est pas fait sans tension et est à l'origine de deux courants distints, l'un progressiste et l'autre plus traditionnel. Plusieurs raisons peuvent en expliquer la genèse. D'une part, l'ouverture du karaté vers le monde extérieur le confronte à une vision différente, plus pragmatique et réfractaire à certains  concepts de l'étiquette martiale japonaise. D'autre part, la défaite du Japon en 1945 eu un impact traumatisant sur sa population, dont une partie rejeta vigoureusement ses propres valeurs, codes et traditions. Face au changement des mentalités, et aux cultures étrangèrent, le karaté du s'adapter pour survivre.

 

Une analogie peut nous renvoyer à l'avènement de l'ère moderne au Japon quand, en 1868, le gouvernement et la population sortit de l'ostracisme et s'ouvrit sur le monde. L'essort des arts martiaux fut stoppé net et les valeurs traditionnelles rangées au rang de folklore, obsolètes et démodées.

 

A l'époque, un jeune homme, décidé à ne pas laisser s'éteindre ce patrimoine, synthétisa les jutsu ancéstraux afin de les fondre dans un système éducatif et grand public. Jigoro Kano venait d'inventer le judo moderne. Les arts martiaux venaient de rentrer dans une nouvelle ère.

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources: R. Habersetzer, Karate Pratique, Ed. Amphora

             M. Nakayama, Best Karate: Introduction, Ed. Vigot